Pendant plus d’un siècle, elle a observé la ville derrière ses hauts murs de pierre. Aujourd’hui, l’ancienne maison d’arrêt de Caen tourne définitivement la page du carcéral et s’ouvre à un avenir totalement inédit. Située 10 rue du Général Duparge, au carrefour des quartiers Beaulieu, Haie-Vigné et Saint-Paul, cette géante minérale du centre-ville est officiellement mise en vente par l’État via un appel d’offres.
Un site rare, chargé d’histoire… et de potentiel.
Une prison pas comme les autres
Construite entre 1899 et 1904, intégralement en pierre de Caen, la maison d’arrêt fait partie des plus anciens établissements pénitentiaires de France. Avec sa silhouette en croix inversée, ses galeries monumentales, sa rotonde centrale et ses cours de promenade en “camembert”, le bâtiment est un pur produit de l’architecture carcérale de la fin du XIXᵉ siècle, inspirée du modèle panoptique.
Le tout posé sur une parcelle de 18 397 m², en plein cœur de la ville de Caen, pour une surface bâtie utile d’environ 8 832 m². Autant dire un terrain de jeu XXL pour les porteurs de projets audacieux, dans un environnement résidentiel et paisible.
Fermée définitivement en novembre 2023, suite à l’ouverture du nouvel établissement pénitentiaire d’Ifs, la prison est aujourd’hui entièrement libre d’occupation.
Mais ici, impossible de faire table rase.
Le site est profondément marqué par l’Histoire, notamment par le 6 juin 1944, date à laquelle 73 prisonniers furent exécutés. Chaque année, des commémorations s’y tiennent, en lien avec l’association Mémoires de la Résistance et de la Déportation normandes.
Si l’Etat cède son patrimoine, un cahier des charges précis impose que le futur projet préserve et valorise cette mémoire :
conservation des courettes sud,
maintien des plaques commémoratives,
sauvegarde du mur d’enceinte à l’arrière du quartier femmes,
création possible d’un mémorial, jardin du souvenir ou lieu de recueillement, ouvert au public.
Vous y voyez peut-être là des contraintes ? Nous y voyons un lieu libre… mais pas amnésique.
Ici, les porteurs de projet ont carte blanche, ou presque, pour offrir une nouvelle vie à ces murs désormais bien silencieux.
Tout est à inventer : habitat, culture, tiers-lieu, équipements sportifs… avec pour seules contraintes la créativité : faire dialoguer mémoire et modernité, faire de ce lieu un site ouvert sur la ville quand il a toujours vécu replié sur lui-même.
Des idées folles oui, mais néanmoins réalisables ! Pour déposer une offre, les services de l’Etat vous demanderont une caution de 50 000 €. De quoi s’assurer du sérieux de chaque dossier. Bien entendu, si par malheur votre projet d’ouverture d’une ferme urbaine « La Mule au gnouf » n’était pas retenu, pas de panique, la somme vous serait alors restituée.
Quelques dates importantes à retenir pour les vrais projets qui tiennent la route :
Visites du site : jusqu’au 27 mars 2026
Date limite de dépôt des offres : 10 avril 2026 à 12h00
Une architecture brute, sobre… et ultra transformable
Signée Auguste Nicolas, architecte départemental très actif à Caen, la prison impressionne par sa sobriété fonctionnelle et la lisibilité de son plan : rotonde centrale coiffée d’une toiture pyramidale, façades rythmées par les percements réguliers des anciennes cellules, grandes hauteurs sous plafond, dégagements visuels autour de l’enceinte.
Même sans classement aux Monuments Historiques, l’État attend des candidats qu’ils jouent la carte de la conservation intelligente, en transformant l’existant plutôt qu’en l’effaçant. L’architecture, pensée sur des trames régulières, se prête parfaitement à une reconversion ambitieuse.
Si le cahier des charges laisse place à l’imagination, une exigeance reste à remplir tout de même en conformité avec les règles d’urbanisme : la production de logements neufs.
Bref
Transformer une ancienne prison en nouveau lieu de vie ouvert sur la ville, ce n’est pas juste un projet immobilier.
C’est un acte urbain fort, un dialogue entre passé et futur, un défi architectural, mémoriel et citoyen.
À Caen, les murs tombent. À vous d’imaginer la suite !
ps : n’oubliez pas de tenir vos Oodettes préférées informées, le lieu quoi qu’on en dise et quoi qu’il ait pu vivre est un bijou architectural qui nous a fait vibrer, bousculées et on a hâte de connaître sa nouvelle destinée…
Partout en France, d’anciennes prisons ont déjà connu cette seconde chance. A Nîmes et à Lyon, elles sont devenues des campus universitaires. A Autun et Gannat, des musées. A Nantes, un quartier mêlant logements, salle de spectacle, guinguette et restaurant a remplacé les murs d’enceinte. A Grasse, les cellules accueilleront cette année des étudiants. Et à Béziers… un hôtel ! Comme quoi, on peut s’enfermer volontairement le temps d’un week-end pour mieux s’évader !