200 mètres de long, 18 mètres de haut : à Sandouville, le futur poste électrique de Noroit voit grand. Derrière ce bâtiment hors norme se joue une partie de l’avenir industriel de la vallée de la Seine. Les Oodettes ont chaussé leurs équipements de chantier pour découvrir les coulisses de cette infrastructure stratégique, aux côtés de RTE et de GTM Normandie Centre, filiale de Vinci Construction.
Il y a des chantiers où l’on vient admirer la naissance d’un bâtiment. Et puis il y a ceux où l’on prend surtout la mesure de ce qu’ils vont rendre possible. À Sandouville, dans la zone industrialo-portuaire du Havre, nous changeons nos habitudes. Ici, pas de logements témoins ni de choix de carrelage : bienvenue dans l’univers du génie électrique et des infrastructures industrielles !
Notre destination ? Le futur poste électrique de Noroit, porté par RTE, le gestionnaire du Réseau de Transport d’Electricité. Un ouvrage qui affiche des dimensions peu communes : 200 mètres de long et 18 mètres de large. Pour se représenter la « bête », imaginez un bâtiment dont la longueur équivaut à deux terrains de football ! On vous avait promis du « XXL » !
Pour comprendre à quoi sert tout cela, on a questionné David Burel, directeur de projet pour le programme « Transition énergétique des Boucles de la Seine » chez RTE, qui a nous soufflé une image très simple : « c’est une grosse multiprise, en fait !« . Dis comme ça, on comprend mieux !
L’électricité, maillon essentiel de la décarbonation
Si RTE construit aussi grand, ce n’est pas pour le plaisir des records. C’est parce que le territoire change d’échelle dans ses besoins en électricité.
Entre l’Eure et la Seine-Maritime, l’industrie concentre près de 15 % des émissions de CO₂ de l’industrie française. Gloups ! Pour réduire cette empreinte, les entreprises doivent notamment remplacer certaines énergies fossiles, comme le gaz ou le pétrole, par de l’électricité décarbonée. Encore faut-il pouvoir acheminer cette électricité en quantité suffisante, au bon endroit et au bon niveau de tension.
C’est précisément le rôle de Noroit. Le poste doit permettre de raccorder les industriels qui électrifient leurs procédés, mais aussi de faciliter l’accueil de nouvelles activités. Une infrastructure discrète dans son architecture, mais essentielle pour accompagner la transformation du bassin industriel havrais et de la vallée de la Seine. « Ce poste électrique de Noroit est un projet important pour la région normande. Il sera, à l’horizon 2029, le plus grand poste électrique en bâtiment de France » nous rappelle David Burel.
Dans les coulisses de ce chantier hors norme de Sandouville
Derrière ce méga projet, il y a aussi une réalité très concrète : des mois de travaux, des compétences techniques multiples et une organisation millimétrée.
Après les premières opérations de terrassement engagées en septembre 2025, place à la construction du bâtiment destiné à accueillir les installations électriques. La réalisation mobilise des volumes de matériaux considérables et des savoir-faire spécifiques. Pour les équipes de GTM Normandie Centre, chargées des travaux de construction en partenariat avec CBI, le défi consiste à faire sortir de terre cet ouvrage tout en respectant les exigences techniques et le calendrier du projet.
Et sur ce chantier, les contraintes ne se mesurent pas uniquement en mètres : elles se jouent au millimètre près ! « Les principaux défis techniques de ce chantier, ce sont les exigences de planéité imposées. Nous avons dû réaliser des planchers dont la planéité devait respecter 2 millimètres au mètre, ce qui, pour des ouvrages béton, est extrêmement exigeant » nous précise Sophie Richard, directrice de travaux chez GTM Normandie Centre.
Un chantier local, un impact territorial
Noroit constitue la première grande étape du projet « Transition énergétique des Boucles de la Seine », qui comprend également un second poste électrique à Port-Jérôme, une ligne aérienne à 400 000 volts entre Rougemontier et le secteur de Port-Jérôme, ainsi qu’une liaison souterraine à 225 000 volts entre les zones industrielles de Port-Jérôme et du Havre. Autant dire que ça va envoyer du courant !
L’ambition est double : accompagner la décarbonation des industries existantes et renforcer l’attractivité économique de notre belle région. RTE a déjà signé une dizaine de contrats de raccordement avec des industriels de la zone. À l’horizon 2035, la consommation électrique de la vallée de la Seine pourrait être multipliée par quatre.
Derrière les kilomètres de lignes et les transformateurs, il est donc question d’emplois, d’investissements et de capacité à faire évoluer un territoire historiquement industriel vers des procédés moins émetteurs de CO₂. Et qui dit potentiels nouveaux emplois dit aussi potentiels nouveaux habitants… donc nouveaux besoins en logements. La boucle est bouclée !
La mise en service de Noroit est attendue en 2029. D’ici là, le chantier poursuivra sa progression à Sandouville. Et si le bâtiment ne ressemble pas vraiment à ce que l’on imagine lorsqu’on parle de transition écologique, il en est pourtant l’un des rouages essentiels : pour décarboner les usines, il faut aussi construire les infrastructures qui leur permettront de changer d’énergie.
Les Oodettes ne sont pas ingénieures en électricité, certes. Mais on aime comprendre ce qui fait avancer notre territoire, et surtout rencontrer celles et ceux qui s’y attellent avec passion. Et sur ce chantier, on a pris une bonne dose d’énergie ! Tu l’as ?